Floride : Sea, Fish and Sun

Dans le courant du Gulf Stream, chasse XXL à Miami

Article de Sylvain Pioch

Les iguanes se ramassent à la pelle

Il pleut des iguanes ! L’annonce vient de tomber sur MPR News, les policiers récupèrent des iguanes par centaines sur les routes de Miami. Jugez plutôt, 6°C pendant 2 nuits d’affilées, du jamais vu. Les lézards en tout genre tombent morts glacés, les croco dans leurs marres et les iguanes de leurs perchoirs nocturnes, sur des floridiens qui n’avaient jamais eu aussi froid depuis 50 ans. Je suis un peu désappointé par la météo peu engageante, mais Sergueï, insiste pour m’amener découvrir « sa » Floride, forcément sous marine. « No worry Sylvanski, si l’air est à 10°C le Gulf Stream ramène dans son flot des eaux à 25°C en direct de l’arc caraïbes ». 25 C? Pour un languedocien habitué aux eaux hivernales à 9°C de son pôle nord méditerranéen, c’est acceptable ; je cède facilement. Rendez vous sur la côte Sud Est, à Miami Dade, sur le port de Bal Harbor. Petit trajet rapide entre les building d’Hollywood drive, Golden beach où nous faisons un coucou à la maisonnette de 1000 m² de Madonna juste en face de celle de Tiger Wood. Mise à l’eau au cœur d’une mangrove citadine, habitée de pélicans et de manatees (lamantins)… étranges mélanges…juxtapositions de moderne et de nature. Sergueï est tout heureux de me retrouver si loin d’Europe et de m’inviter à bord de son 7 m open, taillé pour la houle atlantique, servi par un 115 CV. C’est un russe, avare de mots et de l’accessoire dans la vie, avec des yeux alertes, attentifs à tout. Il a eu un parcours assez atypique, après une carrière d’entraineur de l’équipe nationale soviétique de motocross dans les années 80, ce très grand sportif passionné de pêche sous-marine s’est plus investi dans la chasse sous marine de compétition. Il a remporté les championnats russes dans les années 90, puis jeune immigré en Israël à Haïfa, il créa la fédération israélienne de chasse sous marine. C’est là que nous nous sommes rencontrés, 10 ans plus tôt, lors des manches de coupes d’Europe (encore une vertu de la compétition : des amitiés entre passionnés que rien n’aurait jamais rapprochés !). On se rappelle encore tous les deux des cadeaux que nous nous étions échangé à l’époque. Je lui avais offert mon blouson de l’équipe de France Adidas (celui de l’équipe de foot championne du monde de foot en 1998) et lui une magnifique carte brodée d’Israël avec une casquette de la vile d’Haïfa. Que de beaux souvenirs.

Des grosses prises pour tous !

Pendant la navigation sur l’intra-coastal, le chenal qui relie Fort Lauderdale à Key Biscayne, il me confie le bonheur de sa nouvelle vie floridienne. Tout roule, il fait des pêches incroyables, il s’est entouré d’amis étrangers eux aussi, réunis par une diaspora à l’américaine, où le meilleur de chaque culture se rejoint, aidé par des parties de poker « sérieuses »… (où il excelle). D’autant qu’il est nouveau citoyen américain depuis qu’il a gagné sa « green card ». Au fur et à mesure que nous avançons par le chenal bordé de grands palétuviers et de maisons aux allures de palaces Hollywoodiens, Sergueï m’explique que ces côtes sont un vrai paradis pour les milliardaires et les riches fonds coralliens attirent des pêcheurs du monde entier. En effet, depuis Hemingway, qui ne ratait jamais la période de migration des espadons depuis les bars de Key West, ou la plupart des présidents américains pour la très populaire pêche au « snook » (brochet de mer). Pour ce qui est des techniques de pêche utilisées, c’est simple : toutes ! De l’apnée à la bouteille en passant par l’épervier, les cannes, etc. En gros, on peut dire que du débutant au pêcheur confirmé tous peuvent prétendre à une grosse prise et à se faire plaisir tant les espèces ont un comportement tantôt suicidaire, tantôt fin et compliqué.

Pêcher sur des récifs artificiels

Enfin la mer ! Pardon l’océan, une houle de 3 pieds (1 m) nous berce dès le passage des bouées d’ancrage installées à disposition des bateaux, sous un soleil brillant. Ce système permet d’éviter de jeter les ancres sur les fonds fragiles, objets de toutes les attentions, tant leur valeur est grande pour l’économie et les espèces pêchées. Le GPS est allumé, un pélican nous accompagne sur une centaine de mètres avant de décrocher pour se bagarrer contre des mouettes et deux grands fous une chasse de bonites entachant la surface de bourrelets blancs sur l’eau émeraude. Nous ne dévierons cependant pas « perte de temps » me dit Sergueï qui connait le coin comme sa poche. En effet, la marée basse commencera dans 1 heure, elle apportera des eaux troubles provenant des canaux reliant les vastes marais des Everglades à la mer. Après 15 mn de navigation à fond dans la longue houle, nous arrivons sur « reef one ». C’est un spot grand comme un terrain de foot, constitué de blocs de roches et de béton artificiels creux aménagés pour les poissons. Le but était de compenser la dégradation du creusement du chenal du port. Ici quand on casse la nature on la compense « en nature » et à proximité de l’impact. La biodiversité ce n’est pas que des discours, c’est du concret !
Le temps de nous habiller (fébrilement pour ma part), le drapeau de plongée est hissé, deux bouées obligatoires à l’eau et le sticker « boat safe and proof » positionné sur le pare brise. C’est quoi ce sticker ? Pour éviter d’être dérangé en pêche par un contrôle de la sécurité, vous pouvez régulièrement vous faire volontairement contrôler par les autorités qui valident la date des fusées, le matériel de sécurité etc. Si tout est OK, on vous offre gratuitement un sticker, qui fait gagner du temps (et de l’argent…) à tout le monde. Time is money.
Sergueï m’indique la profondeur « twenty » je me dis qu’une 20 m d’entrée, après 2 mois d’oisiveté, ça va racler un peu au niveau des poumons, mais bon. Je me jette. L’eau est délicieuse, normal pour 25° C. Génial je vois le fond ( ! je vous rappelle que suis languedocien…j’avais oublié qu’on pouvait voir le fond) mais en fait de 20 m il s’agit de 20 pieds….6 m en gros. Mes poumons respirent. Tant pis, je n’attends pas Sergueï, je coule sur un pic vertigineux situé à 2 m sous mes palmes qui surplombe d’au moins 4 m le fond. Immédiatement, une centaine de poissons me sautent littéralement dessus : chirurgiens, poissons anges, lutjans, perroquets, sar à lèvres, caranges…j’ai la tête qui tourne tant je n’arrive à me fixer sur une seule tête à la fois. C’est la profusion de couleurs, verts, bleus, jaunes, argent et un ballet en nages d’espèces tropicales. C’est super. Bon, essayons de garder une coutume familiale : 1° apnée = 1° tir, je cherche une proie qui soit de haute noblesse (dans l’assiette) et à la maille, car ici on ne rigole pas à avec les règles !
Coup de bol, un magnifique hogfish ou bec de cane se profile au loin (le poisson des empressés comme on dit ici, car le premier à l’eau c’est le premier qui le voit et qui le tue 9,9 fois sur 10). Je tends mon bras vers le fuyard qui se glisse entre deux blocs, je me décolle lentement et avance sans bruit vers le hog pour le foudroyer net, avec mes doubles sandows. Belle prise, belles couleurs noire, jaune vif et rose chair, bonnes sensations et surtout…« ça commence bien la Floride » !
Le temps d’écailler et de vider le poisson dans l’eau, avant de le poser dans le bateau et me revoilà au fond. Toujours juché sur l’un des trois pics constitué par ce grand récif artificiel.

L’or de la Floride

Ici, la mer c’est vraiment l’or de la Floride avec son soleil. En 2006 le tourisme rapportait 40 milliards de $, dont 7,6 milliard de $ et 131 000 jobs pour les pêches récréatives. Il n’est donc pas question de laisser disparaitre cet eldorado rentable! Donc on n’interdit pas le développement des aménagements, mais on impose de recréer ce qui est perdu. On n’interdit que très peu d’espèces ou de zones, mais on gère la mer et les prises : zones de reproduction, taille, repos biologique (voir encadré). A peine poser un banc de sérioles aux beaux sourcils grisés m’entourent, je tire la plus proche qui fait environ 9 pounds (4,5 kg). En remontant je prends bien soin de la laisser sous mes palmes pour que Sergueï réalise le second tir réussi sur une autre restée toute proche. Bon 2 apnées et 3 poissons, ça commence à me plaire la Floride!
Je vois sur le côté, à 15 m dans des espèces de pyramides en béton disposées en paquets sur le sable blanc corallien, une forme noire qui se déplace lentement. Coulée discrète, avancée en rampant, les gaz au ralenti et me voila 15 m plus loin posé derrière une pyramide pour débuter un agachon comme j’aime, en lisière de sable. Le courant est plus sensible et les milliers de poissons fourrages jouent avec les rayons du soleil et le courant dans une eau cristalline. Un mérou s’approche, il est à 2 m devant ma flèche. C’est un gag grouper (mérou gris), il doit faire 10 pounds (5 kg) ce qui me pousse à ne pas le tirer car c’est la limite légale, il ne traine pas trop d’ailleurs et disparait porté par le courant.
Bien m’en prend car à ma remontée Sergueï me demande fermement mais discrètement de me rapprocher du bateau. Je comprends bien vite, le bateau de la Fish and Wildlife (gardes de pêche nationaux) nous accoste, pistolets à la ceinture, lunettes noires sur un boston whaler de 8 m propulsé par deux fois 200 CV… ça calme! Courtoisement les gardes de pêche nous enjoignent à décharger nos “guns”, remonter sur le bateau et décliner nos identités. Nous leur montrons nos permis, première chose que j’ai faite en Floride, ce qui n’est pas un réflexe acquis pour un français. Ok, tout est en règle, contrôle de la taille de nos prises visuel et quelques questions sur la réglementation : “quel est la taille légale des jacks? Combien de hog-fish avez vous le droit de tuer par jour? 4, Ok”. Après nous avoir recommandé de laver le drapeau de plongée, car les traces de sangs séchés n’aident pas à la reconnaissance visuelle de notre activité, les boys nous souhaitent une très agréable journée et nous disent à la prochaine. Nous sommes sur leur territoire et avec leurs 6 sorties par semaine j’ai par la suite compris ce qu’ils voulaient dire. En 12 sorties nous avons été contrôlé ou avertis en mer, sur terre ou dans les canaux pas moins de 8 fois. Cela allé du simple contact oral au contrôle en règle, notamment de la taille et du nombre de prise. C’est sans doute aussi pour ça que ces eaux sont en bonne santé niveau prises. Par exemple les poids minimum du mérou sont de 5 kg, des liches ambrées 6 kg avec des limites du nombre de prises que j’ai trouvé “correctes” oscillant entre 3 et 8 pour les espèces les plus prisées.
Je reste assez surpris et finalement assez bluffé par la gestion des mers en Floride, où le pêcheur est responsabilisé et mis à contribution (voir encadré) entre connaissance des tailles et des règles par les pêcheurs, et contrôles et aménagement des habitats naturels essentiels pour les poissons par les autorités.

L’amber jack était au rendez vous

Bon maintenant que l’on est sur le bateau nous en profitons pour changer de crémerie. Nous sommes bien décrassés et les choses plus sérieuses peuvent commencer. Nous nous mettons en quête de “gros”. Cap au large sur le 3° banc corallien qui débute à – 20 m et tombe sur – 27 m de fonds. Le sondeur s’affole, nous sommes sur un tombant vertical de 7 m de haut richement colonisé par des coraux blancs aux dessins compliqués dressés dans le courant. Des longues tiges de corail noir et des panaches de gorgones brunes qui dressent des barricades aussi complexes à contourner que des troncs de laminaires quand le poisson a décidé d’y slalomer. Peu de vie mais le paysage est réellement magnifique, l’eau bleu pur, la température idéale et le courant nous porte mollement. Cela fait 2 heures que, nous chassons en dérive sans ancrer le bateau, et à tour de rôle, pour assurer notre sécurité. A part la vision d’un gros thazard pas assez curieux et d’un pagre à dent de chien qui a disparu dans un méandre de corail, seuls des dizaines de gros perroquets et autres chirurgiens ou poissons ange s’approchent de nous…en sécurité car ces poissons colorés dits « de corail » sont interdits : “plaisir des yeux”. Sergueï qui jouait à l’indien depuis 30 secondes au fond, se fige et se cache derrière un bloc corallien, son bras se tend lentement, il tire son apnée. Le coup part, sans bruit tant les 4 sandows en 14 mm accompagnent bien sa flèche et tout cela avec une force cumulée inouïe. Un éclair de lumière jaune, c’est une amber jack, la plus grosse des trois liches locale. Il remonte calmement, mais son moulinet l’empêche de progresser car ses 40 m de dynema sont sortis. Je le rejoins et le soulage de son « parachute à nageoire ». Il finit sa remontée calmement. La liche est bien tirée et sa course s’est terminée dans une gorgone gigantesque. Je remonte en surface, me positionne à la verticale du poisson de fort belle taille et laisse Sergueï, remis de son apnée, la tuer avec mon arbalète. Tir parfait dans la bosse frontale en arrière de l’œil, le poisson est remonté vers la surface. Elle est superbe et doit bien approcher les 20 kg. La journée se poursuit par un feeding du bataillon de pélican qui nous accueille au port. Le poisson est nettoyé sur les tables d’écaillage mises à disposition des pêcheurs sur les cales, les filets levés et plongés dans la glacière remplie de paillettes glacées. Puis le matériel est rincé à l’eau douce, également à dispo car le forfait de 7$ pour la mise à l’eau signifie service à la hauteur! Une bière fraiche, enfin plutôt une boisson diluée au goût de bière, dont seuls les américains ont le secret et nous rentrons bien heureux de cette journée superbe qui se poursuivra chez nos voisins d’à côté qui raffolent de poissons frais! Les Floridiens ont des recettes originales à gouter, mais le poisson frais est souvent pané et trempé dans des sauces toujours assez exotiques ou épicées. Un régal !

Pêche au jardin d’épave de Fort Lauderdale

Aujourd’hui les températures sont clémentes, il fait 30° et le temps est au grand beau, nous décidons de nous mettre à l’eau à Fort Lauderdale une immense Venise, remplie de yacht énormes, où le plus grand navire de croisière au monde le Sea explorer vient d’être livré pour son premier voyage, 14 étages au dessus de l’eau mais interdiction de s’approcher. Depuis le 11 septembre, tous les navires “sensibles ” sont escortés à l’entrée et à la sortie du port, et un semi-rigide ponté avec mitrailleuses rutilantes et hommes casqués ostensiblement armés nous enjoignent de “dégager”. on ne rigole pas trop avec la sécurité et on s’exécute sans tarder. Le monstre d’acier fait sa sorti sous la musique tonitruante “love boat” de la série “la croisière s’amuse”, nous avons l’océan pour nous. Pas de houle, grand soleil, seuls quelques yacht nous rappellent que nous sommes devant la plus riche marina privée du monde. Cap plein Est vers les Bahamas qui sont à quelques miles, direction le “jardin d’épave”, mais d’abord sergueï veut me montrer les dégâts causés par des milliers de pneus déchargés en mer il y a 25 ans, pour offrir des abris à poisson. Problème ces tas de déchets ligotés par un cable en acier n’étaient pas conçu pour être immergé et les voila disloqués, précipités au gré des courants de tempêtes contre les fragiles branches de coraux. Erreurs de l’homme à ne pas rééditer. C’est affligeant, mais heureusement la NOVA université réalise un travail colossal pour repérer ces déchets et les renvoyer en décharge, là où ils n’auraient jamais du être sorti. Après 35 mn de navigation nous voici arrivés, face à Bal Harbor sur des fonds oscillants entre – 15 et – 28 m où les épaves sont disposées de manière à offrir un parcours sous-marin grandiose. Nous commençons par le thug boat un petit remorqueur vapeur posé sur le flanc. Première coulée deux cobias d’une dizaine de kilos arrivent sans me calculer le long de l’épave. Je suis posé 10 m au dessus sur la cheminée et me laisse couler sur eux. Ils accélèrent, je peine à les rattraper. Tant pis, je préfère garder ma flèche plutôt que de faire un tir mal assuré sur l’un des poissons les plus puissants que je connaisse. Mon équipier a plus de chance et, après un agachon en règle par le hublot de la cabine de pilotage, il remonte un beau mutton snapper ou pagre rose. Nous nous laissons dériver vers une barge en acier d’une 50 de mètres percée intelligemment de passages façon « labyrinthe infernal ». Je me pose à l’orée d’un trou et j’attends. Le balais des poissons “sous taille” me maintien loin de mon apnée, et je prolonge ainsi mon agachon, comme on prolonge une soirée devant sa télé diffusant un bon reportage animalier. Du noir de la rague arrive un magnifique hog Fish de 10 pounds…tir net, poisson rapidement écaillé et vidé! Les tripes en suspension attirent un beau spanish mackerel de 12 pounds tiré avec maestria par Sergueï de la surface. Entre deux épaves, un banc de rainbow runner (carangue arc en ciel) surgit. Je coule sur le plus gros et le tue net, ce qui me permet de le saisir dans l’apnée et de sentir les vibrations effrénées de ma prise. Un mouvement attire mon regard en lisière de visibilité, deux requins spinner viennent, visiblement très motivés par ma prise, droit sur moi. Ces requins sont très agressifs et ont tués 3 semaines auparavant un kite surfer malheureux. Je me dirige vers eux le fusil tendu…mais désarmé. Heureusement cette subtilité arbalistique ne les effleure pas. Ils font immédiatement demi-tour, mais ce genre de requin se déplace souvent en banc de plusieurs dizaines d’individus. Sergueï veille et assure ma remontée, fusil bien chargé lui! Nous filons sur le bateau tout proche et décidons de changer de coin, trop « denté » par ici. Nous finissons cette superbe journée par un gros récif artificiel constitué de 5000 Tonne de blocs en béton posés sur 29 m de fond. Nous sommes bien chaud et une coulée au fond me botte bien, d’autant qu’il y a du très gros par ici. À peine à l’eau, un banc d’élégantes raies mantas passe sous nos palmes. Des saupes bérésiliennes tournoient en pleine eau accompagnées en lisière de visibilité de liches méfiantes. Je coule silencieusement, un banc de tassergal me dépasse précipitamment, pas le temps d’ajuster car je suis attiré par le bruit d’un “bang” cataclysmique. Je distingue le fond et au sommet du récif gigantesque trône la reine des lieux, une grosse loche de la taille d’une Rover mini, me fait fasse. Elle doit dépasser les 200 kg, entourée d’une nuée de sars à lèvres. Je la survole à 5 m elle semble, à juste titre, maitriser majestueusement son environnement. Cette espèce est interdite, et de toute façon un tel poisson ne souffre d’aucun amateurisme. Je passe. À la remontée je vois s’éloigner une carangue grosse tête avec ses longues nageoires éffilées : elle, fasse au courant nageant sans efforts, moi, pédalant comme un scarabée sur le dos pour essayer de bouger. Je suis chez elle, c’est moi l’invité, je contemple et me réjoui des règles du jeu de la mer.

Pêche dans une mer de sargasses

Dernière sortie, Bruno un français rencontré sur place, pied noir marocain marseillais d’adoption, installé à Pompano Beach depuis 20 ans et président du club de chasse le “long fin” nous rejoint pour célébrer la beauté des fonds et des prises floridiennes. La confrérie amicale des pieds noirs chasseurs m’impressionnera toujours, ils sont partout ! Bruno me raconte ses 20 années de souvenirs de pêche en Floride, qui l’ont mené à tremper ses palmes un peu partout. Ses coins préférés ? Bien sûr le très riche Golfe du Mexique, où une partie mémorable de pêche de mérous s’est finie lorsque l’un d’eux est arrivé en surface avec la moitié du corps « découpé selon les pointillés, de dents bien aiguisées, requin tigre, taureau ? » il ne l’a jamais vérifié ! Il me conseille aussi les eaux cristallines des Keys (jusqu’à 40 m de visibilité) ou de Palm Beach une zone où le puissant et riche Gulf Stream se rapproche à quelques miles des côtes seulement, emportant avec lui un cortège de pélagiques, dont le plus convoité reste l’espadon voilier. Il me confirme aussi qu’ici on ne badine pas avec la gestion des poissons et les règles de pêche. Le bruit assourdissant de l’hélicoptère resté en vol stationnaire pour qu’un « cost guard » lui signifie, armé d’un M16, qu’il devait immédiatement dégager d’une digue d’entrée du port pour raison de sécurité nationale, à quelques mètres de Miami Beach, lui reste gravé en mémoire. Il propose à Sergueï de nous amener sur l’un de ses coins. Nous voila sur une chaussée éclatée de dalles de corail immenses disposées en chaos. De nombreuses langoustes sont « au balcon ». Il m’explique la technique du lasso, qui ne me sourira pas. Je préfère la technique dite « du homard breton » ou du « grain de sel sur la queue », pour faire pivoter ces belles aux antennes. Une seule valable me laissera la capturer, il faut dire que la maille est à environ 800 gr (12 pouces). Sergueï a fait mouche sur un beau mâle Hogfish à la large bouche de canard denté. Bruno quand à lui dégote un magnifique pagre à dent de chien (dog snapper) dans une sombre et profonde rague « blindée » de lutjans dorés. Nous décidons de tenter le large plus au sud au niveau d’Hallandale, mais en route nous repérons au loin une nuée d’oiseaux menés par des frégates noires, oiseaux de bonnes augures. Sergueï fonce, Bruno m’explique qu’en cette saison d’immenses bancs de sargasses flottent vers la Floride poussées par les vents d’Est. C’est une aubaine, car ces radeaux dérivants attirent et accumulent pendant leur déplacement une foule de poissons juvéniles et adultes. Pour les premiers, ces « iles flottantes » les logent et les abritent dans un entrelacs végétal, les seconds s’en nourrissent. Cycle de la vie sauvage. Nous sommes sur une 40aines de mètres de fonds et le sondeur s’affole à proximité de cette masse jaunâtre, épaisse et compacte. Ca et là, en surface ; un oiseau rejoint un coup de tête de poisson. « Sylvanski, regarde bien en surface car les coryphènes vont venir à peine mis à l’eau, ou des bestioles bien plus grosses ! L’an passé j’ai tiré un espadon de 30 kilos dans ces mêmes conditions » me glisse Sergueï pour « m’énerver » encore un peu. « Go » crie Bruno, on se jette à l’eau, et lui nous pilote. Ca sent le gros ici, des milliers d’écailles virevoltent dans l’eau. Les sandows claquent à ma droite, Sergueï vient d’harponner un barracuda. Il échange sa place avec Bruno qui se fait déposer au beau milieu d’une chasse frénétique. Ca bouillonne, ça nage, ça meurt, ça mange, la vie marine en cinémascope et stéréo. Je nage comme un fou pour remonter le puissant Gulf Stream. Essoufflé je rejoins Bruno, ou plutôt les palmes du canard qu’il amorce…un peu trop tôt pour lui car à peine sa descente entamée un thon de 15 pounds se précipite dans son sillage, peut être attiré par les bulles qu’il laisse échapper. Je tente ma chance, de la surface un tir à 6 m de distance c’est pas gagné, gagné, mais je veux tester le Marlin Révolution avec ces poulies, fraîchement reçu depuis la France monté avec 4 longueurs de fil. Pas vraiment le temps d’ajuster, le thon amorce un virage…c’est le moment, je tente ma chance. Bingo, la flèche en 7 mm le transperce proprement dans le ¾ arrière. Il démarre à fond, Neptune bénissez les ergots qui protègent la solidité de ma flèche. Ca à l’air de tenir, mais Bruno préfèrera le doubler. Pause pour admirer les reflets bleus métalliques et prose sur le fuselage inouïe de ces « formules 1 » des mers. Déjà des cris d’oiseaux surexités nous renseignent sur le début d’un nouveau film en projection sur nos écrans sous marins. J’échange ma place avec Serguëi. Un deuxième thon sera pris, à la volée également. Bruno veut me faire plaisir et me lâche sur un de ses coins préféré…mais chut. Je peux seulement vous dire qu’en 4 apnées on a pris 4 espèces différentes, de grande taille et sur un fond « original »… Mais déjà il faut songer à rentrer, le soleil plonge vite en Floride, l’eau y est si chaude !

Au final, la Floride est une destination de choix pour la chasse sous marine. C’est un voyage qui peut être peu onéreux si l’on est organisé et qu’il est préparé à l’avance, ainsi bien sûr que des fluctuations du cours du dollar (1,5 $ pour 1 euro en mars 2010, 1,2 $ pour 1 euro en juin 2010). Une chose restera stable : les champs de pêche qui sont immenses, riches en épaves, récifs naturels et artificiels. Enfin, je suis quasi persuadé que la richesse en poisson sera elle aussi durable car la gestion des tailles et des périodes de fraie sont respectées, pour assurer le tourisme de la pêche. Chez les « ricains » on ne tue pas le sar aux œufs d’or !

Pratiques :

Encadré pratique : permis, logement, conseil, déplacement
1 – Pas de visa si vous passez un séjour touristique de moins de 90 jours.
Permis de pêche et de chasse pour étranger, avec le permis langouste (+3$) soit pour la Floride 48 $/an. Il est délivrable sur place dans les méga hyper marché de pêche et de chasse américains « Bass pro-shop » (aller y jeter un œil et vous regretterez le prix de votre électronique…) ou à commander avant son départ sur le site de l’office de gestion de la pêche et de la faune sauvage la « Florida Fish and Wild life Commission », Etat de Floride (www.FWC.org ) ou dans les magasins de pêche.
Location d’appartement appelés des condominium (prononcer Condo) à la semaine en 1° ligne ~ 650$ pour 4 personnes, location d’une maison pour 6/8 pers. à la semaine à partir de ~ 1500 $ Possibilités de louer une voiture et le bateau avec selon les propriétaires loueurs. Le meilleur site pour trouver une location de vacances par des particuliers : http://www.vrbo.com
Location d’un bateau à la demi journée 300$, et la journée à 500$ sans l’essence qui vous coûtera… 65 cts d’€ le litre !

Encadré zone et contact de pêche sur place
2 – Sorties de chasse de Boca-Raton à Key Largo : Sergueï vous propose des sorties chasses à la journée sur son bateau équipé d’un sondeur et d’un GPS bourré de coins à partir de 3 m de fond et jusqu’à 30 m (majorité des points entre 5m et 15 m de fonds, faciles d’accès et…bourrés !) pour 300 $ la ½ journée (4h), 400 à la journée (8h). Au menu mérous, tombants coralliens, snappers et langoustes sur les plateaux rocheux, baraccudas sur épaves, grosses liches récifs artificiels, thazards, et voiliers dans le bleu, thons et coryphènes sous les bancs de sargasse. Inoubliables ! Côté pratique, vous êtes pris en charge à 100% : essence, glacières et une explication des techniques de chasse les plus payantes localement sont compris. Ses coordonnées : (001 depuis la France) – 954 628 2196.

Encadré règlementation et gestion des pêches
3- Encadré gestion des pêches en Floride : l’état de Floride prends la pêche et donc les ressources très au sérieux. La pêche récréative représente un CA de 7,6 milliard de $ et 131 000 jobs pour les pêches récréatives. Donc les moyens ont été trouvé et la règle est simple : poissons = pêcheurs = financement pour renouveler + gérer. Le système est celui des permis en rivière pour le repeuplement et les gardes de pêche. En gros plus il y aurait de pêcheurs, plus la mer serait entretenue et gérée, facilitant le retour des poissons. En tous les cas c’est une chance pour les poissons et pour les chasseurs…Oui mais comment? Avec deux stratégies : l’une axée sur les habitats marins et l’autre sur la gestion du milieu et des espèces. Avec quels financements? Ceux des premiers concernés : les pêcheurs. Tout d’abord les permis de pêche, ils sont de 2 sortes pour les américains, permis de la plage ou du bord à 9 $, et les permis mer à 17$ (48 pour les étrangers) mais qui sont gratuits pour les enfants, les femmes et les personnes âgées. Deuxième source, la taxe pour la pêche qui est de 10% sur tous produits, engins, système qui peuvent servir à capturer du poisson. A quoi sert cet argent? Il sert à deux actions : faire respecter par tous les règles en mer (salaires, matériel des gardes pêches) et à la restauration des habitats marins (construction d’habitats artificiels, nettoyage, restauration des nourriceries, protection des frayères, recherches et expériences). Pour en savoir plus voir l’Essentiel Fish Habitat Act et le site de la http://www.fishandwildlife.org pour l’Etat de Floride.

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